Voici pour toi, ami lecteur, un texte de Françoise sur mon travail :
Qu’est-ce qui fonde plus l’homme dans son humanité, sa distinction fondamentale, que l’invention et la transmission du signe ? Nous vivons une époque de commentaires où, peu à peu, le discours sur l’œuvre tend à remplacer purement et simplement ce qu’elle nous donne à voir. Sans doute faut-il s’attacher en premier lieu à cette constatation pour appréhender et comprendre le travail de Surcouf, travail qui prend sa source dans la redécouverte de l’acte gravé, acte fondateur par excellence. On y touche directement aux racines mêmes de la notion d’archétype, on y remonte le cours morcelé de l’histoire pour recouvrer par signes interposés les rapports mystérieux qu’entretient l’homme avec la magie, les éléments, les rites et les schémas cosmogoniques. Bien plus que la peinture, la gravure rejoint la mentalité primitive, l’ésotérisme et l’alchimie.
Intimement liée au Sacré, elle semble toujours affaire d’initiés. Ses principes d’encrage, de noircissement, puis d’essuyage et de révélation rappellent indubitablement les méandres et les phases d’élaboration du Grand Œuvre. Générant jusqu’à dissolution une suite de multiples, elle métaphorises et amplifie la préoccupation première de l’espèce : la connaissance des mécanismes de reproduction et d’évolution.
Dans le travail de Surcouf, l’intervention sur la plaque engendre chaque fois un monotype et ce double inversé fera à son tour naître d’autres signes reproduits puis à nouveau dédoublés. Processus identique à celui utilisé dans la géométrie fractale et appelé itération.
Ainsi, lorsqu’on itère une équation au lieu de la résoudre, cette équation itérée devient processus et non plus description, objet dynamique et non plus statique. Lorsqu’on fait entrer un nombre dans l’équation, il en ressort un nombre nouveau qui, à son tour la réintègre. Ici, de façon similaire, la première image est voulue, mais très rapidement, sa propre évolution induit sur la matrice redécouverte de propres données imposées. Bientôt, de ce fait, l’objet devient autoréférentiel et autoreproducteur.
Reste ensuite, lors de la présentation des différentes phases de l’image, à réinventer et à suivre le parcours des signes qu’elle a générés, microcosme et macrocosme confondus.
Peut-être est-ce par ce biais que, délaissant commentateurs et commentaires pour tenter d’adjoindre ses intuitions et sa propre explication des énigmes fondatrices aux découvertes mathématiques, l’artiste recouvrera sa vocation de « Voleur de feu. »

